La porte du ciel de Dominique Fortier

mardi 14 février 2017


J'ai découvert ce roman grâce à la plateforme NetGalley et les éditions Les Escales. 
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture !

Résumé :
Au cœur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées.
Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture.

Une phrase : Dites-moi : la guerre change-t-elle vraiment les hommes ou bien, les dépouillant de leur vernis d'éducation, des bonnes manières et de l'hypocrisie qui facilitent les rapports sociaux, ne fait-elle que révéler leur nature profonde?

Moi j'en dis :
La porte du ciel est un roman construit à l'image d'un fleuve : sinueux, tout en méandres, plein d'aspérités et d'embranchements. Le courant y est tour à tour doux, tranquille, puis précipité. Nul n'est à l'abri d'un débordement. Un véritable bayou.
Ca tombe bien, l'intrigue se déroule justement en Louisiane, dans l'une des périodes les plus sombres de l'Histoire des Etats-Unis, au milieu du dix-neuvième siècle. Autrement dit : avant, pendant et après la guerre de Sécession !

C'est l'histoire de Geneviève (qu'on appellera Evre, puis finalement Eve) et Eleanor. L'une est blanche, l'autre est noire. Loin d'être complice, elles cohabitent depuis que le père d'Eleonor, médecin en quête de bonnes actions, a recueilli la petite Eve, alors qu'il était en visite dans une plantation.
Depuis, Eve dispose d'un statut très flou, ni libre, ni esclave.. toutefois elle est revendiquée comme étant la propriété de la famille McCoy. Tour à tour servante et confidente, elle va suivre Eleanor, comme son ombre.

Elles se suivent, mais ne se ressemblent pas : Eve est curieuse, intrépide et volontaire, alors qu'Eléanor est plutôt naïve, égocentrique.. une jeune fille qui se laisse porter et qui passe constamment son opinion sous silence.

Elles partagent la parole avec deux autres voix :
  • June, une esclave qui n'a rien et qui continue de tout perdre à cause de la mort, des hommes, de la guerre et de la liberté. Les quelques chapitres qui lui sont consacrés sont bouleversants.
  • le narrateur ! Un narrateur qui prend la parole à la seconde personne du pluriel, pour interpeller le lecteur. Il est moralisateur, précepteur et pédagogue.. il nous montre le chemin pour bien comprendre, pour saisir les tenants et aboutissants, par des exemples et des démonstrations. C'est très perturbant. Ce sont, certainement, mes chapitres préférés.
4 voix pour 4 visions de l'Histoire.
L'Histoire que l'auteur n'oublie pas d'installer dans un contexte solide et fidèle.

Elle nous parle des débats qu'a suscité l'abolition de l'esclavage. Ici, chaque personnage défend ses positions avec des arguments plus farfelus les uns que les autres, beaucoup d'hypocrisie et de mauvaise foi.
"Le Nègre bien sûr est fait pour travailler : il n'est besoin que de le regarder pour s'en convaincre. Qui peut dire qu'il n'est pas plus heureux ainsi que livré à une liberté dont il se saurait que faire ? Rendez sa liberté à un mouton de votre troupeau, et il reviendra en bêlant à la bergerie, s'il ne va pas se casser le cou au bas d'une falaise. Dieu a voulu les brebis protégées par le berger et l'esclave protégé par son maître. Personne n'a le droit de nous empecher d'exercer Sa volonté, et si le Nord prétend nous spolier de la sorte, nous le quitterons sans regret comme on doit savoir couper un membre gangrené pour éviter que la maladie ne gagne le reste de l'organisme."
Horreur. Double horreur : le débat est loin d'être égalitaire.. Il faut dire que ceux qui défendent la cause des abolitionnistes sont très versatiles.
Après les débats, la scission du pays est inéluctable ! Place à la préparation du conflit entre l'Union et la Confédération avec des processions, des pique-niques, des orchestres.. de l'impatience et de l'euphorie !

Puis les batailles, les hécatombes et le retour des estropiés, des gueules cassées et des traumatisés !

Et enfin, la liberté et l'abolition de l'esclavage.

Néanmoins, la terreur est loin d'être terminée. Désormais toute l'horreur est concentrée dans les terribles groupes d'hommes aux tuniques blanches et aux bonnets pointus.. C'est également le commencement d'une nouvelle lutte, celle des droits civiques (qui est loin d'être terminée) !

L'auteur nous raconte tout cela, avec beaucoup de style. Son écriture est fluide et très imagée, pleine de poésie. Ce qui est d'autant plus perturbant que par moment, ce qui est dit est insoutenable. Notamment quand elle parle des esclaves les plus jeunes. Nés dans les plantations, souvent, fils et fille du "propriétaire" et pourtant leur condition est misérable. Ils sont dressés a accomplir une tâche. Entraînés à la résignation. Leur caractère est dompté.. C'est réducteur, destructeur, un lavage de cerveau qui commence le plus tôt !

Verdict : Ce tout petit roman, est plein de grandes et de petites choses sur l'Histoire des Etats-Unis. C'est également un rappel des faits, une remise en mémoire du sort réservé aux esclaves.  Une lecture qui pousse à l'indignation évidemment.

Bonus : 
J'ai eu l'occasion de présenter ce titre en vidéo lors de la #RetroDesBlogueurs organisé par @NetGalleyFrance, aux côté de Benoît du blog A l’ombre du noyer, Aurélie du blog BettieRose Books et Sandrine du blog Vu de mes lunettes !

Deux éditeurs étaient également de la partie pour nous présenter leurs rentrées STOCK avec Valentine Layet et HARPERCOLLINS FRANCE avec Stéphanie Charrier.

Ca vous dit de découvrir l'avis en vidéo ? Cliquez par ici :



Les infos :
 
Date de parution : 05/01/2017
Editeur : Les Escales
Nb. de page :  251 pages
Prix : 19.90€

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

SUR INSTAGRAM

© L'habibliotakecare. Design by FCD.